13.02.2009
Pour tout vous dire (épisode 10)
René se passa les mains sur les yeux. Il croyait rêver. Ce n’était pas possible ! Il s’approcha et toucha le fauteuil. Tout était bien réel. Il retourna dans les escaliers et écouta. Son cœur battait à tout rompre. La vieille Accrot ne pouvait pas avoir quitté son fauteuil toute seule ! Ca ne se pouvait pas ! Trop faible ! Trop fragile !
Il descendit une volée de marches et s’arrêta au troisième étage. Il glissa le long du mur pour s’approcher de la première chambre. Les lumières de la rue éclairaient suffisamment l’intérieur de la maison pour qu’il puisse voir. Maman n’était pas dans la première chambre. Ni dans la deuxième.
Soudain, il poussa un cri ! Il venait de comprendre !
Il courut vers le fond du couloir et ouvrit violemment la porte de la salle de bain...
... La vieille Accrot était couchée dans un bain d’eau froide. Elle souriait de ses dents jaunes et acérées. Son teint gris se confondait avec le carrelage. Elle fixait son fils d’un regard méprisant et le fixait aussi avec le fusil de collection qui avait appartenu à son grand-père. La vieille Accrot avait posé un verre de whisky sur le rebord de la baignoire.
- Te voilà enfin fils adoré ...
- Tu te rends compte de toute l’eau que tu utilises !
- Tu ne croyais tout de même pas que j’allais te demander la permission. Tttt, tttt, ne bouge pas. J’ai encore mes bras mon enfant. Des bras vigoureux qui me permettent de tenir cette arme. Tu fais un pas et je tire. Des bras qui me permettaient, chaque fois que tu allais rendre visite à cette femme, de sortir du grenier et de venir me laver et surtout boire... Boire ... Tu as cru m’avoir ! Mais pendant tes petites sorties j’en profitais pour venir me laver, me prélasser, me rafraîchir. Ce n’est pas bien d’abandonner sa maman René, surtout par ces fortes chaleurs. Je dois dire que tu en as mis du temps cette fois-ci. Je commençais vraiment à puer la charogne !
- Un bain par mois ! Pas plus ! Maman, tu gaspilles l’eau. On va être rationnés !
Il voulut faire un pas, mais la vieille le menaça de son arme.
- Ne bouge pas ou je tire !
- Ce n’est qu’une vieille pétoire. Elle n’a plus servi depuis des années. Elle va t’exploser à la figure.
René étouffait de haine. S’être fait avoir comme un débutant. Ne pas avoir prévu ce coup, lui, le champion d’échecs ... Et justement, sa maman dit :
- Echec et mat !
Elle appuya sur la détente.
René n’apprendra jamais comment la vieille avait fait pour ouvrir la porte du grenier, ni depuis combien de temps elle se permettait de gaspiller l’eau. René ne saura jamais comment la vieille Accrot se débrouillait pour descendre et surtout remonter les escaliers. Que d’erreurs ! Avoir laissé le fusil du grand-père Accrot dans le grenier ! René ne comprendra jamais comment les vieux égoïstes faisaient pour gravir l’Everest. Jamais.
Le fusil explosa au visage de maman et projeta sa cervelle sur le carrelage de la salle de bain. Ses dents jaunes volèrent dans la pièce en sifflant de rage. L’une d’elle alla briser le miroir au-dessus du lavabo.
Pour tout vous dire, ça ne chagrina pas trop René qui avait tant de fois pleuré devant lui dans son enfance en se lavant les dents, tout seul dans la grande maison vide.
12:11
Écrit par Ringal
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20.01.2009
Pour tout vous dire (épisode 9)
Pour tout vous dire, René ne regardait même pas les autres femmes. Il n’avait d’yeux que pour Annabelle. Il passa et repassa devant les tentures fermées et ne put s’empêcher d’imaginer ce qu’elle était en train de faire à l’homme. Annabelle aimait « sucer les dragées pleines de chocolats blanc des messieurs qui venaient se faire consoler ». René n’aimait pas son langage. Non ! Il aimait la douceur de son regard (même si elle le maquillait plus qu’il ne fallait). Il aimait la longueur de ses jambes, ses lèvres charnues, sa poitrine menue aux tétons bien fermes. Il aimait la caresser. Il aimait qu’elle fut sexy jusqu’au bout des ongles rouges. Il aimait la payer, ça l’excitait. Il aimait qu’elle ne boive pas. C’était une des rares filles de la rue des Mésanges qui ne buvait pas et dont l’haleine ne ressemblait pas à celle de sa mère. Il aimait embrasser Annabelle. Il rêva de sa bouche et frissonna. René aimait Annabelle, la seule femme qu’il avait embrassée dans sa vie de fils de maman Accrot. Embrasser et embrasser, et encore et encore, sa bouche saine et tendre, même si Annabelle n’aimait pas trop ça (elle avait un régulier).
Il attendit une heure.
D’habitude, ça ne prenait pas autant de temps. Deux clients étaient venus et avaient frappé à la vitrine mais elle n’avait pas répondu. René Accrot avait fait semblant de passer son chemin. Il commençait à s’impatienter. Il n’aimait pas laisser la vieille Accrot sans surveillance, et puis, il commençait à avoir soif. Il alla frapper au carreau. Il essaya de voir s’il y avait de la lumière entre les tentures... Rien, pas un rai de lumière. Pas d’Annabelle.
Il s’essuya le front avec la paume de la main. René était fâché. René grognait. Il ne pourrait pas embrasser la jeune femme longue et élancée, sexy jusqu’au bout des ongles rouges.
Il décida de rentrer et de revenir le lendemain soir.
Il marcha vite. Il se mit à penser à la vieille salope qui séchait dans le grenier. Il eut peur. René l’avait laissé trop longtemps seule. Il se mit à courir.
René Accrot arriva chez lui un quart d’heure plus tard. Il referma à double tour derrière lui et grimpa les escaliers à toute vitesse. Pour tout vous dire, un mauvais pressentiment l’habitait. La porte du grenier était ouverte ! Il entra...
... et trouva le fauteuil roulant vide ! Le bâillon gisait sur le plancher.
Patrick Ringal
10:32
Écrit par Ringal
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